Mon oeil en face de ta face

épie ton oeil en vis-à-vis.

Nez à nez peu à peu s'espacent

nos yeux l'un à l'autre asservis.

À côté de nous nous luttons,

égarés, nus comme des vers

et loin j'examine de front

de l'autre le globe oculaire

blanc, le soleil haut éclaire haut

nos deux crânes juste dessus,

étudie nos vides cachots

juste de front et au-dessus.

Ta lèvre fait une moue de côté

profonde entrouvrant son souffle léger

qui prend fragile et rejette absolu

l'air qu'il veut et celui qu'il ne veut plus.

À ton oeil levé bat un feutre sombre

et ça brille : tout brille en s'éteignant.

Car chaque coup quand ton oeil bat le temps

embrasé, bandé vers son peuple d'ombres,

sonnant la soie, le pourpre et la muscade,

il fait le couchant teriblement fade

puisque grand ouvert il pulse des nuits

plus langoureusement tristes que lui.

Nos deux peaux à présent se greffent l'une à l'autre

et ma veine excitée fait refluer ton sang

de ta tempe à mes pieds, de nos deux coeurs au nôtre

tandis que la lune basse et brune en moussant

devient un beignet que nos lèvres se partagent.

Notre regard regarde et notre souffle coule

mourrant son chuchotis infini qui s'enroule.

De ces expirations vagissante la rage

vient pousser notre rein et offrir notre hanche.

Plus un membre là tout est écartelé

plein dedans et entier comme la lune blanche

qu'on accroche toujours au ciel avalée.